Open-Market : Panne historique du CME Group et réveil brutal des marchés
- Patrick Primo

- 30 nov. 2025
- 4 min de lecture
Une nuit qui restera dans l’histoire des marchés mondiaux
Dans la nuit du jeudi 27 au vendredi 28 novembre 2025, une panne d’infrastructure rare et majeure a frappé l’un des centres nerveux des marchés financiers internationaux. Le data-center CyrusOne (site CHI1, Chicago), qui héberge une partie essentielle des systèmes du CME Group, a subi une défaillance du système de refroidissement.
Conséquence immédiate :10 à 11 heures d’arrêt complet de CME Globex — la plus grande plateforme électronique mondiale pour les futures et options — ainsi que de EBS, la référence interbancaire des devises.
Durant cet intervalle, un volume gigantesque d’actifs s’est retrouvé sans cotation :
matières premières (WTI, or, gaz, métaux industriels et agricoles)
taux (futures sur Treasuries)
indices boursiers mondiaux (S&P 500, Nasdaq-100, Nikkei, EuroStoxx)
devises majeures (USD/JPY, EUR/USD, GBP/USD via EBS)
dérivés divers
Selon les données LSEG, la reprise progressive de l’activité n’a pu s’effectuer qu’aux alentours de 13 h 35 GMT.
L’incident : un risque systémique révélé à la lumière du jour
Le CME n’est pas un exchange parmi d’autres. Il est le centre névralgique des marchés dérivés mondiaux :taux, matières premières, indices boursiers, energy, FX…Une panne à cet endroit du système équivaut à un arrêt cardiaque financier.
Cet incident expose une vérité dérangeante :un seul point de défaillance technique peut paralyser la mécanique globale des marchés.
Les conséquences ont été immédiates :
les brokers incapables d’obtenir un prix fiable
des flux gelés ou remplacés par des modèles internes
des risques majeurs pour les desks institutionnels
impossibilité d’arbitrer, de couvrir, d’ajuster les books
algorithmes de market-making paralysés
gestion du risque mise en situation de stress extrême
Dans un secteur où l’on passe des années à perfectionner la redondance, la latence, et le risque opérationnel, cette panne constitue un échec structurel qualifié de “black-eye” par plusieurs acteurs institutionnels.
L'onde de choc
La séance américaine — post-Thanksgiving — affichait naturellement des volumes faibles. Les indices ont terminé en hausse, masquant en surface la tension réelle vécue dans la nuit asiatique et la matinée européenne.
En coulisses, la situation était tout autre :
un vide total de liquidité aux heures les plus actives du FX
impossibilité de se positionner sur les matières premières
spreads élargis à l’extrême dans les plateformes OTC
refus de contreparties (“last look”), tailles réduites
trades impossibles à exécuter
absence de pricing de référence pour hedger des portefeuilles multi-actifs
C’était un paysage où chaque minute sans prix réel augmentait le risque de volatilité à la réouverture.
Au-delà de l’incident, cet événement rappelle que même la finance moderne — numérique, algorithmique, ultra-connectée — repose encore sur des points d’infrastructure vulnérables.
Ce que doit retenir un trader institutionnel : les véritables enseignements
Préparer des scénarios “black-out” dans les stress-tests
Simuler :
pertes de pricing
gaps massifs
impossibilités de hedger overnight
variations extrêmes du coût de la marge
Renforcer la résilience de ses systèmes internes
Exiger :
redondance multi-région
sauvegarde temps réel
procédures safe-mode
monitoring data-center continu
Intégrer un “premium de risque opérationnel” dans les modèles
La panne du CME pourrait obliger certains desks à :
revoir les primes de liquidité
revoir les expositions overnight
ajuster les valorisations des stratégies futures
En clair, le risque opérationnel devient une variable de pricing.
Ce que le monde financier retient : un signal d’alarme mondial
Les médias financiers et les analystes institutionnels convergent vers la même conclusion :cette panne est l’une des plus longues et des plus graves depuis des années.
Elle met en lumière :
un manque de redondance dans les infrastructures
une dépendance excessive à quelques hubs technologiques
la nécessité de contrôles réglementaires plus stricts
la fragilité d’un système où tout dépend de quelques centres critiques
Des audits sont attendus. Des réformes techniques sont probables. Le besoin de diversification des data-centers est désormais évident.
Politique monétaire : la semaine des grandes manœuvres à la Fed
Au-delà de l’incident du CME, une autre tension monte : la nomination potentielle du successeur de Jerome Powell.
Le secrétaire au Trésor Basin a rencontré plusieurs candidats :
John Hassett, Directeur du NEC (favori selon Bloomberg)
Kevin Warsh, ancien gouverneur
Robert Ryder, PDG de BlackRock
John Water et John Bowman, gouverneurs actuels de la Fed
La Maison-Blanche a tenté de minimiser les informations, qualifiant la fuite de “spéculative”.
Mais les marchés ont réagi immédiatement :
accentuation de la pente de la courbe des taux
recul des taux courts (anticipation d’une Fed plus accommodante)
hausse des taux longs (inquiétudes sur l’indépendance de la Fed)
Hassett, proche allié de Trump, pourrait incarner une Fed plus expansionniste — mais moins indépendante.Water ou Bowman seraient perçus comme des choix plus neutres et institutionnellement crédibles.
Cette nomination pourrait devenir le catalyseur financier de fin d’année.
Les données économiques de la semaine : un calendrier chargé
Une semaine dense attend les marchés américains :
Lundi :— ISM manufacturier PMI (novembre)
Mardi :— Discours de Bowman (Fed) à 10h
Mercredi :— Variation de l’emploi ADP (novembre)— ISM Services PMI (novembre)— Données PMI à 10h
Jeudi :— Demandes initiales de chômage (novembre)— Discours de Bowman
Vendredi :— Dépenses personnelles (septembre)— PCE mensuel (septembre)— Revenus personnels (septembre)— Confiance des consommateurs Michigan (préliminaire décembre)
Une semaine qui pourrait réorienter profondément la direction du dollar, des indices, du marché obligataire… et du gold.
Conclusion
Cette semaine aura été marquée par un événement rare, presque surréaliste :la paralysie momentanée du plus grand exchange de dérivés du monde.
Un rappel brutal que les marchés ne sont pas seulement vulnérables aux guerres, aux banques centrales ou aux crises économiques — mais aussi à des pannes matérielles. La semaine à venir s’annonce cruciale avec un calendrier économique dense, une Fed sous tension et des marchés en quête de repères.

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